Les Belles Infidèles...
par Marie-Odile Arnold
Voici le défi de la classe de latin :Traduire un passage du poète LucainQui relate la traversée du Rubicon,Frontière franchie par César et ses légions.A l’aide du vers épique l’alexandrin,ILs ont tenté de traduire ces vers latins,Comme le fit à leur âge le lycéenVictor Hugo, certes infidèle à Lucain.Vous avez sous les yeux leurs Belles Infidèles,Elisez donc sans savoir quel fut leur modèle !
Mes belles infidèles :
Mes belles infidèles, dites nous donc laquelle,Qui, parmi vous, est celle de Victor Hugo.Mes belles infidèles, dites nous donc lesquelles,Qui parmi vous sont celles, de lycéens héros.Mes belles infidèles, dites nous donc comment,Ces jeunes auteurs traduisirent finement,En de charmants poèmes en alexandrins,Le célèbre texte de l’illustre Lucain.Mes belles infidèles, racontez-nous comment,César a franchi le Rubicon hardiment.Mes belles infidèles, mais, que voulez-vous donc ?Nous vous en conjurons, répondez-nous donc !« Mes fidèles amis, trouvez celle d’Hugo,Mes fidèles amis, trouvez-moi ce lingot,Mes fidèles amis, parmi eux choisissez,Mes fidèles amis, ce n’est pas si aisé ! »
Les résultats du vote :
Deux ex aequo : Thomas Gouallou 2°7 et Zied Ben Chaouch 2°7 et en deuxième position : Victor Hugo !!!
Voici leurs poèmes :
S’engageant le premier en travers du courant,Le cheval l’affronte par ses sabots bruyants,Le reste de la troupe suivant par un gué,Passe par les eaux du fleuve déjà brisées,César lorsqu’il franchit le grand tourbillon d’eau,Après avoir atteint les rives interdites,Bafouant les vieilles lois et les vieux rites,Et prononça ce discours à l’humain troupeau :« J’abandonne la paix et les droits bafoués,Que désormais loin de ce lieu soient traités,Toi la fortune je te suis jusqu’à la mort,Nous avons cru en nos destins comme en de l’or,Il faut user de la guerre comme jugement,Il faut reprendre notre Rome en guerroyant. »
En premier, battant le sol d’un sabot bruyant,Une bête de cavalerie téméraire,Pour affronter soldats humides et brillants,Telle une monstrueuse machine guerrière,S’élance héroïquement en travers des eaux.Une décurie, une centurie, le flotDéjà fendu, comme des moutons de Panurge,Rejoignent la rive du fleuve bafoué.C’est alors que César, célèbre thaumaturge,Le tourbillon d’eau surmonté de plein fouet,S’arrête soudain sur les terres pacifiques,Ignorantes encor des traditions guerrières,Dont l’entrée défendue aux armes maléfiques,Rendait insensée toute sorte de prière.Et, du haut de son puissant cheval, il profère :‘‘C’est ici, colombe et balance contrefaite,C’est ici que je proclame votre défaite.Que seule ma fortune soit mon légifère,Et que les conventions soient, à jamais, bannies.En cet aléa nous nous sommes réunis :Guerre, les yeux bandés, d’un marteau soyez munis !’’
Chaque escadron, brisant leur cours impétueux,Oppose un front oblique aux flots tumultueux,Et l’armée, avançant dans l’onde ralentie,Guide au sein du courant sa marche appesantie.César, touchant ces bords qu’il n’eût point dû revoir« Loin, dit-il, vains traités ! Vaines lois du devoir !Fortune, je te suis ; la victoire est mon titre.J’ai trop cru les destins, que Mars soit mon arbitre ! »
Merci aux membres du jury pour leur précieux et perspicace concours, merci aux élèves de 2°6 et 2° 7 pour s’être livrés à cette joute poétique !
